Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Institut Supérieur de Formation de l'Enseignement CatholiqueISFEC Aquitaine

PISA 2012 : EVALUER LES SYSTEMES POUR AMELIORER L’EDUCATION

Mercredi 25 novembre, l’ISFEC Aquitaine a eu la chance d’accueillir Sophie Vayssettes, analyste à la direction France de l’OCDE et responsable de PISA France. Grâce à une présentation complète des résultats de l’enquête PISA 2012, enseignants, formateurs, chefs d’établissement ont eu l’occasion de réfléchir aux constats que pose l’enquête et aux actions à mener en lien avec les réformes en cours.

Pisa en bref

Depuis 2000, le Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA) analyse les performances et l'équité des différents systèmes éducatifs en évaluant les compétences acquises par les élèves et en identifiant les facteurs de succès. Ces derniers peuvent être exogènes, tels que le milieu socio-économique des élèves, l'environnement familial, le cadre scolaire offert par l'établissement, le système éducatif national, mais aussi endogènes, comme les attitudes et les comportements des élèves à l’égard de l'apprentissage (motivation, confiance en soi, anxiété, engagement, pratiques et stratégies d'apprentissage). Les enquêtes PISA ont lieu tous les trois ans et permettent de suivre l'évolution de l'enseignement dans les pays membres de l'OCDE et les pays et économies partenaires (plus d'une soixantaine de pays).

En 2012, 5 600 élèves scolarisés en France dans 220 établissements ont participé à l’enquête. Les élèves doivent répondre à un test papier crayon de 2 h. En 2012, le domaine majeur était les maths. Les élèves ont également répondu à des épreuves informatisées pendant 40 minutes. Deux autres questionnaires leur ont été proposés sur l’utilisation des TIC et leur parcours scolaire.

Performances de la France 2012

Les principales conclusions qu’il faut retenir de l’enquête 2012 :

  • La France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, avec un score de 495 points en mathématiques, soit en 25ème position sur 65 pays participants. La moyenne de l’OCDE est de 494 points. 40 points représentent une année d’étude.
  • Depuis 2003, on constate en France une augmentation du nombre d’élèves en difficulté (niveau 2 PISA) et en même temps, du nombre d’élèves très performants, tout en étant dans la moyenne de l’OCDE : en mathématiques, 22 % des élèves sont considérés en grande difficultés ; 13 % en niveaux 5 et 6 soit très performants.
  • L’écart entre les élèves très performants et les élèves en difficultés se creuse : il est actuellement de 256 points entre les  élèves les plus forts et les plus faibles en France, soit plus que dans la moyenne de l’OCDE.

 

Si l’on compare avec le Danemark, la distribution des élèves est très différente : le Danemark a moins d’élèves en difficultés et en même temps moins d’élèves très performants ; donc une population plus homogène, mais sans véritable élite.

  • Par rapport à 2003, 25 pays de l’OCDE sont parvenus à améliorer leurs résultats, 25 sont stables, et 13 sont en baisse, dont la France : en France, on constate une forte augmentation des élèves en difficultés de (17 à 22 %) et une stabilité des élèves très performants (15 à 13 %).
  • Dans le domaine de la compréhension écrite, la France reste stable par rapport aux années précédentes, avec un score de 505 points, soit au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE : on constate dans ce domaine que les résultats obtenus par les filles sont supérieurs à ceux des garçons (en France 44 points d’écart).
  • En compréhension de l’écrit, l’écart entre élèves en difficultés et élèves très performants s’est également creusé depuis 2003 : il y a donc là aussi un problème d’inclusion des élèves en difficultés !
  • Le niveau des élèves français dans les tests en compréhension de l’électronique est bon, voire même légèrement meilleur que la moyenne de l’OCDE : seulement 22 points d’écart entre garçons et filles, les premiers ayant mieux réussi le test électronique que le test papier à l’inverse des filles.

 

PISA et la mise en place de réformes

Dans certains pays, les résultats de l’enquête PISA ont créé un véritable électrochoc : la Pologne a fortement amélioré ses résultats grâce à une réforme mise en place à la fin des années 90 et début 2000. Cette réforme a conduit à une diminution des élèves en difficultés : de 22 à 14 % et à une augmentation des élèves très performants : de 10 à 17 %.

On parle de « Choc PISA » en Allemagne : très choquée en 2000 par ses mauvais résultats à l’enquête PISA, l’Allemagne a mis en place une refonte complète de son système éducatif, avec pour effets une forte progression générale et une forte diminution des élèves en grande difficulté.

Egalité des chances

L’enquête PISA donne des indicateurs sur la façon dont les systèmes d’éducation aident les élèves à être plus performants ; sur la réalité ou pas de l’école comme ascenseur social, sur l’impact du niveau socio-économique sur les performances des élèves ; elle permet donc d’évaluer l’équité. Dans tous les pays, les élèves venant d’un niveau favorisé sont plus performants.

En France, l’impact du niveau socio-économique est de 57 points, soit un niveau très élevé d’iniquité : parmi les 65 pays ayant participé à l’enquête PISA 2012, dans seulement 7 pays dont la France, le pourcentage de la variation de la performance des élèves imputables au milieu socio-économique est de plus de 20 %. L’impact du milieu socio-économique sur les performances en mathématiques est le plus important parmi tous les pays de l’OCDE et en nette progression. Ainsi, les inégalités sociales semblent s’être aggravées entre 2003 et 2006. La France pour les élèves issus de milieux favorisés est en 13ème position et pour les élèves issus de milieux défavorisés en 33ème position.

En outre, les élèves issus de l’immigration sont également défavorisés : on comptabilise 37 points d’écart entre les performances des élèves autochtones (les plus favorisés) et les élèves allochtones (les moins favorisés). Quand on est issu de l’immigration on a 2,4 fois plus de chance d’être en difficultés. Les élèves issus de la 1ère génération d’immigration ont trois fois plus de chance d’être en difficultés pour les élèves de la 2ème génération.

En France le milieu socio-économique explique 22% de la variation des performances en 2012 contre 15 % OCDE. Enfin, le pourcentage d’élèves résiliant (pourcentage des élèves venant d’un milieu très défavorisés et qui obtiennent de très bons résultats) était de 7,4 % en 2003 contre 4,9 % en 2012.

L’engagement et la motivation des élèves
En France, les élèves ont très peu confiance en eux
(ce qui n’est pas un corolaire des résultats) par rapport à la moyenne de l’OCDE. En France, les mathématiques représentent une pression particulièrement importante.

Les points négatifs constatés sont le manque de persévérance des élèves face aux difficultés et l’abandon facile face à un problème difficile à résoudre. En revanche, les points positifs sont le plaisir d’apprendre en maths et une attitude positive par rapport à l’apprentissage.

Le plaisir mitigé par l’anxiété des élèves par rapport aux mathématiques s’expliquent par le fait que ces derniers sont inquiets d’avoir de mauvaises notes. Les filles à niveau égal de performance, ont moins confiance, sont plus anxieuses, etc. Pour ce qui est des élèves issus de milieu défavorisés, les résultats sont moins bons et les attitudes négatives par rapport aux apprentissages sont plus marquées. Les élèves sont moins attachés à leur école.

Environnement pédagogique

En ce qui concerne le climat de discipline dans les écoles, la France affiche un des climats de discipline les plus faibles, ce qui n’a pas changé depuis 2003. 30 % d’élèves en France disent qu’ils ne peuvent pas bien travailler, pourcentage important par rapport à l’OCDE.

Le redoublement

On redouble un peu moins en France : 28 % des élèves redoublent en France contre 15 % OCDE. En 2003, c’était 39 % - il y a donc là une nette amélioration. Le problème est que le redoublement a été supprimé sans contrepartie pour accompagner les élèves en difficultés : moyens horaires, humains, formation des enseignants, etc.

Les élèves issus de milieu défavorisés ont plus de chance de redoubler ce qui accentue l’iniquité du système éducatif français.

Dispositifs d’amélioration et d’assurance de la qualité dans les écoles

En plus des tests des élèves quelques questions ont été posées aux chefs d’établissement : la France présente un faible pourcentage pour le mentorat des enseignants et l’appel au feedback écrit de la part des élèves. Pour tous les items concernant l’évaluation interne et externe, la France a les plus faibles résultats. On constate une peur de l’évaluation, s’expliquant par une tradition de l’évaluation sommative et non formative.

Toutefois, les chefs d’établissement ne se plaignent pas d’un manque d’enseignants qualifiés alors que le salaire des enseignants français statutaires est inférieur par rapport à la moyenne de l’OCDE.

En guise de conclusion : quelles sont les caractéristiques des pays les plus performants ?

L’éducation a un haut statut social ;
Tous les élèves peuvent avoir de bons résultats ;
Les objectifs sont clairs, transparents, comparables ;
Il existe une politique à l’égard des enseignants : formation, accompagnement, salaire ;
Les chefs d’établissement sont sélectionnés et formés pour leur fonction ;
Il existe des évaluations externes et internes ;
Les pays favorisent une augmentation du niveau de salaire des enseignants (à dépenses constantes) plutôt qu’une diminution de la taille des classes (sauf en zones défavorisées) ;
Une priorité est mise sur l’acquisition du langage dès l’école maternelle : un des points chocs en Allemagne : investissement sur leur population immigrée, dortoir pour les maternelles, etc.

 

Actions sur le document